Les signes de reconnaissance

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Un matin vous croisez votre voisin et vous échangez un bonjour. Vous engagez alors la conversation sur le temps qu’il fait ou sur un autre sujet, ou bien vous continuez votre chemin sans vous poser de question ou en vous disant que votre voisin est vraiment un type sympa. Maintenant, imaginez la scène inverse : vous croisez votre voisin, vous lui dites bonjour et il ne vous répond pas. Il y a peu de chance que sa non réponse vous laisse insensible. Vous allez probablement commencer à vous questionner : pourquoi ne m’a t-il pas dit bonjour ? Qu’est-ce qu’il a aujourd’hui ? Et si cela continue les prochaines fois, vous allez certainement commencer à rechercher dans vos dernière interactions avec lui si il n’y a pas quelque chose qui pourrait expliquer cette non réponse.

La scène ci-dessus explique bien un élément important des signes de reconnaissance : on y fait malheureusement souvent peu attention quand on en reçoit, mais s’ils viennent à manquer nous ne nous sentons pas bien.

 

Qu’est-ce qu’un signe de reconnaissance ?

Un signe de reconnaissance se définit comme une unité de reconnaissance, c’est à dire toute intervention, parole ou geste qui a pour conséquence de reconnaître l’autre, de lui montrer qu’il existe.

 

Signes de reconnaissances verbaux et non verbaux

Les signes de reconnaissances peuvent donc s’exprimer par des paroles, on parlera de signes de reconnaissances verbaux. Ils peuvent également s’exprimer par des gestes, une grimace, une mimique, un hochement de tête, un sourire, un clin d’oeil… on parlera alors de signes de reconnaissance non-verbaux.

 

Signes de reconnaissances conditionnels et inconditionnels

Les signes de reconnaissance peuvent être conditionnels, c’est à dire porter sur un comportement, une action, un travail (exemple : «ce travail est parfait») ou inconditionnels, c’est à dire porter sur la personne (exemple : «je t’apprécie beaucoup»).

Les signes de reconnaissance inconditionnels seront donc plus fréquents dans la sphère intime, personnelle, familiale ou amicale où il est plus facile de témoigner de son affection ou de ses sentiments. Au travail, les signes de reconnaissance conditionnels sont davantage privilégiés, car on se concentre davantage sur la reconnaissance des comportements et des compétences que sur la personne elle-même.

 

Signes de reconnaissance positifs et négatifs 

Lorsque l’on pense au mot reconnaissance, on pense plutôt à un compliment, donc à quelque chose de positif. Mais un signe de reconnaissance peut être aussi négatif.

Les signes de reconnaissance peuvent donc être positifs, c’est à dire marquer un sentiment positif, une approbation et ils peuvent être aussi négatifs, c’est à dire véhiculer un sentiment négatif (par exemple : «je ne t’apprécie pas») ou une désapprobation («je n’aime pas ce que tu fais»).

L’utilisation en anglais du mot «stroke» pour désigner les signes de reconnaissance en analyse transactionnelle reflète bien cette dualité. En effet en anglais «stroke», selon le contexte, peut signifier «une caresse» ou «une tape», «un coup».

En analyse transactionnelle on a coutume de dire que «mieux vaut un signe de reconnaissance négatif que pas de signes de reconnaissance du tout». Les signes de reconnaissance, même négatifs, indiquent à la personne qu’elle existe, tandis que ce n’est pas le cas avec l’indifférence.

Revenons à la scène du début de cette note, par exemple. Si le voisin, avec qui nous échangeons régulièrement quelques mots, ne répond pas à notre bonjour depuis plusieurs jours, comme si de rien n’était, on préférerait qu’il nous dise ce qui ne va pas, plutôt que de rester à se demander ce qu’on a bien pu lui dire ou lui faire qui ne lui convient pas. De la même manière, lorsqu’un ami ne nous parle plus, on préfèrerait qu’il nous dise pourquoi, plutôt qu’il ne réponde plus à nos appels téléphoniques. S’il nous expliquait les raisons de son silence, même si cela ne nous plairait pas forcément, cela nous permettrait de comprendre ce qui se passe, pourquoi il nous en veut. Cela nous donnerait l’occasion de nous expliquer, de clarifier un éventuel malentendu, voire de nous excuser, de modifier certains comportements et de s’améliorer. D’ailleurs, à l’excès, l’absence de signes de reconnaissance négatifs peut amener à entretenir une personne dans le déni, une illusion, ou une méconnaissance d’elle-même.

Les signes de reconnaissance négatifs conditionnels n’ont donc rien de mauvais dans l’absolu. Ils permettent de dire à une personne que l’on apprécie pas tel comportement ou que telle action pourrait être améliorée. Dans un contexte de travail par exemple, ils permettent d’indiquer des voies de progrès (par ex : «je trouve que ton rapport ne colle pas, il faudrait que tu retravailles la partie portant sur les recommandations»).

En revanche, les signes de reconnaissance négatifs inconditionnels, dans la mesure où ils véhiculent un jugement sur la personne, sont à éviter.

 

Quelques problèmes avec les signes de reconnaissance

  • Les signes de reconnaissance doivent être sincères. Lorsqu’ils ne sont pas authentiques ou qu’ils ont pour seul but d’obtenir quelque chose en échange, on parle de signes de reconnaissance en toc.
  • On appelle signes de reconnaissance contrefaits, les signes de reconnaissance positifs donnés puis repris immédiatement pour donner un signe de reconnaissance négatif, par exemple : «Cette robe est très jolie, mais sur toi, elle ne va pas».
  • L’excès de signes de reconnaissance négatifs est souvent un problème, d’autant plus que certaines cultures on dit plus volontiers ce qui ne va pas, que ce qui va bien. Par ailleurs, on a souvent tendance à retenir davantage les signes négatifs que positifs. Des auteurs ont mis en évidence, qu’en moyenne, il faut 5 signes positifs pour compenser un signe négatif.
  • Confusion entre signes de reconnaissance négatifs inconditionnels et conditionnels : certaines personnes perçoivent les signes de reconnaissance négatifs conditionnels, donc portant sur un comportement, comme des signes de reconnaissance inconditionnels portant sur leur personne. Par exemple, : «Ce rapport ne va pas, il faut que tu revoies certains points » sera perçu comme «Mon patron ne m’apprécie pas».
  • Subjectivité des signes de reconnaissance : les personnes attachent une valeur subjective aux signes de reconnaissance en fonction de ce sur quoi ils reçoivent un signe de reconnaissance et de qui émet le signe. Un signe de reconnaissance positif pourra être vécu comme négatif par son destinataire, notamment lorsque la personne souhaite ou s’attend à être reconnue pour une qualité et qu’on la reconnaît pour une autre qualité (exemple : quelqu’un qui se voit complimenté pour son physique alors qu’il souhaiterait être reconnu pour son travail ou son intelligence). On parle alors de qualité de signe de reconnaissance favorite.
  • Certains individus minimisent les signes de reconnaissance ou les ignorent, soit parce qu’ils ne se sentent pas dignes de valeur, soit parce que ces signes de valeur sont considérés comme banals ou ne correspondent pas à leur qualité de signe de reconnaissance favorite, soit parce que la personne qui les émet n’est pas perçue comme légitime. Dans tous ces cas, on parle de filtre à signes de reconnaissance.

La subjectivité vis-à-vis des signes de reconnaissance porte également sur la quantité. Certains individus ont besoin de peu de signes de reconnaissance, tandis que d’autres en ont besoin de beaucoup.

A travers sa théorie de l’économie des signes de reconnaissance, Claude Steiner, un auteur majeur en analyse transactionnelle, a mis en évidence les conditionnements qui prévalent dans nos sociétés en matière de signes de reconnaissance et des stratégies pour contrer ces mécanismes appris.

 

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